Face aux ruptures d'approvisionnement et à la flambée des coûts logistiques, j'ai vu de nombreuses entreprises se tourner vers le nearshoring pour sécuriser leur chaîne d'approvisionnement électronique. Mais transférer une production ou une partie d'un approvisionnement vers un pays proche ne se réduit pas à déplacer des composants — c'est un projet stratégique qui doit équilibrer coûts, qualité et résilience. Dans cet article, je partage ce que j'ai appris sur la manière de bâtir une stratégie de nearshoring efficace sans voir exploser votre budget.
Pourquoi le nearshoring devient incontournable
Depuis plusieurs années, les tensions géopolitiques, la pandémie et les problèmes de capacité dans certaines régions ont montré la fragilité des chaînes longues. Le nearshoring offre plusieurs avantages concrets : réduction des délais de transport, meilleure réactivité face aux pics de demande, coûts logistiques moindres et plus grande maîtrise de la qualité. Mais ces bénéfices ne sont pas automatiques — ils demandent une conception méthodique.
Commencer par cartographier sa chaîne actuelle
Avant toute décision, j'insiste pour réaliser une cartographie précise de la chaîne d'approvisionnement : fournisseurs, coûts unitaires, délais, points de rupture potentiels, dépendances critiques (matières premières, sous-traitants clés). Cette étape met souvent en lumière des gisements d'optimisation (par exemple, fournisseurs multiples pour le même composant ou stocks tampons mal calibrés).
Définir des objectifs clairs et mesurables
Je conseille de fixer des objectifs tangibles : réduction du délai de livraison de X%, baisse des coûts logistiques de Y%, amélioration du taux de conformité qualité à Z%, etc. Ces KPI vont guider le choix des pays cibles et des partenaires. Sans objectifs, le projet devient vite coûteux et diffuse.
Choisir le bon pays de nearshoring
Le choix du pays dépend de plusieurs critères :
Pour l'Europe, des pays d'Europe de l'Est (Pologne, Roumanie), ou du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie) sont souvent attractifs. Pour les entreprises françaises, cela peut offrir un bon compromis entre coûts et proximité.
Construire un réseau de fournisseurs multi-sourcing
Le nearshoring ne doit pas signifier remplacer un fournisseur unique par un autre unique. J'encourage systématiquement le multi-sourcing : contracter avec plusieurs fournisseurs locaux et régionaux pour éviter une concentration de risque. Cela augmente parfois le coût unitaire, mais réduit fortement le risque de rupture — et donc le coût caché des arrêts de production.
Évaluer les coûts réels — et pas seulement le salaire horaire
Une erreur fréquente est de comparer uniquement les salaires. Il faut intégrer :
Voici un tableau synthétique que j'utilise souvent pour comparer des scénarios :
| Poste de coût | Fournisseur local (nearshore) | Fournisseur lointain (offshore) |
|---|---|---|
| Coût unitaire de production | +/- moyen | souvent bas |
| Transport & logistique | faible | élevé |
| Délais | court | long |
| Risque rupture | modéré | élevé |
| Coût total TCO (ex. 12 mois) | optimisable | souvent plus haut en pratique |
Investir dans la qualité et la montée en compétence
Pour que le nearshoring ne coûte pas plus cher à long terme, il faut investir dans la montée en compétence des fournisseurs locaux : programmes de formation, transfert de procédés, audits qualité réguliers et mise en place d'outils de traçabilité (IoT, blockchain pour lots critiques). J'ai constaté que ces investissements sont souvent rentables car ils diminuent les rebuts, les retours SAV et les coûts cachés.
Digitaliser la chaîne pour réduire les coûts opérationnels
La digitalisation est un levier majeur : systèmes ERP interconnectés, plateforme de visibilité en temps réel (TMS/WMS), et automatisation des flux documentaires réduisent les frictions. Des solutions comme SAP, Odoo ou des outils spécialisés pour l'électronique (pour la gestion des nomenclatures BOM) permettent de synchroniser les données entre les équipes R&D, achats et production.
Négocier des contrats flexibles et basés sur la performance
Plutôt que des contrats strictement basés sur le coût, je privilégie des contrats mixant prix, délais et SLA (service level agreements). Intégrer des clauses d'incitation/performance — bonus pour respect des délais, pénalités pour non-conformité — aligne les intérêts du fournisseur sur les vôtres. N'oubliez pas les clauses de continuité d'activité (COOP) et les plans de secours.
Gérer les risques logistiques et réglementaires
Pour minimiser les imprévus, je recommande :
Le nearshoring réduit les délais, mais n'élimine pas les risques ; il les transforme. Anticiper ces risques évite des coûts imprévus.
Mesurer et adapter
La mise en place est un processus itératif. Je mets en place un tableau de bord de suivi des KPI (délais, qualité, coût total, taux de service) et j'organise des revues trimestrielles avec les partenaires pour ajuster les paramètres. Le nearshoring est une stratégie vivante : il faut ajuster volumes, fournisseurs et process en fonction des retours opérationnels.
Si vous souhaitez, je peux partager un modèle de checklist opérationnelle ou un exemple de matrice de choix fournisseur que j'utilise chez Industrie News pour accompagner des PME industrielles dans leurs démarches de relocalisation. Le nearshoring est une opportunité réelle — mais qui demande méthode, investissements ciblés et une vision à moyen terme pour ne pas se retrouver avec des coûts cachés encore plus lourds.